Papa et maman ne s'aiment plus



Père je te prie pour lui

Je sais que tu entends ma voix

Et que tu vois tout ce qu'il dit

Moi je voudrais qu'il vive pour toi

Oh oui !

Je te prie pour lui - Quand je serai grand



Je n’arrive pas à dormir, mais j’peux pas non plus appeler maman. Aujourd’hui j’ai bien vu qu’elle n’était pas comme d’habitude. Son joli sourire a disparu dès l’instant qu’on a vu la voiture de papa. Je ne comprends pas pourquoi maman a le regard ailleurs, pourquoi elle ne répond plus à mes questions, pourquoi elle n’entend même plus ma voix. J’ai essayé d’en parler avec mes frères. Moi, j’m’suis dit qu’eux ils étaient plus grands donc ils devaient savoir ce qu’elle avait maman. Mais Théo et Karl n’en avaient rien à cirer. P-être que si je leur avais demandé après leur partie de Fifa ils m’auraient répondu, mais elle était tellement longue qu’à un moment moi j’en ai eu marre de les attendre. Alors je me suis mis devant l’écran, je les ai regardé avec mes gros yeux, vous savez les gros yeux que je fais quand personne ne veut m’écouter et avec mes longs bras qui touchent presque le sol je leur ai dit : “Mais pourquoi maman elle est aussi triste ?”

Je crois que si j’aurais su la réponse que Théo allais me faire j’aurais pas posé la question. “Parce qu’ils vont divorcer !” m’a-t-il rétorqué en me vidant de sa chambre. La porte s’est claquée devant moi et je me suis demandé ce que c’était qu’un divorce. Cette question m’a hantée toute la soirée. Dans mon bain j’y ai pensé, devant ma soupe, devant mon miroir et ma brosse à dent, devant mon pipi, et là dans mon lit.

Maman c’est la plus belle chose que j’ai jamais vu. Elle est douce comme mon doudou et ses bras noueux et rassurant sont la seule chose qui m’aident à dormir. Mais ce soir elle a oublié de revenir me voir comme elle me l’avait promis. J’aime pas faire des choses qu’elle m’a dit de ne pas faire. Dorothée, ma mono des champions m’a dit que désobéir c’est pas joli alors tous les jours je fais tout pour ne pas désobéir. Mais là c’était plus fort que moi, je voulais savoir ce qui se passait. J’avais comme un mauvais pressentiment. Je me suis faufilé hors de ma chambre. Et le cœur battant, je suis allé à pas de loup, vous savez comme dans la comptine et je me suis arrêté devant la porte de la chambre de papa et maman. J’entendais mon souffle tellement fort que j’ai eu peur que maman sorte et me gronde. Mais j’avais envie de savoir. Je voulais voir pourquoi maman m’avait oublié. Et là je l’ai entendue. Elle pleurait.

Je sais pas bien ce que j’ai ressenti. Je sais juste une chose j’avais envie de taper partout. J’ai serré les poings et j’ai couru jusque dans mon lit.


“Parce qu’ils vont divorcer !” Cette phrase me suit encore aujourd’hui. Elle est comme le loup du petit Chaperon Rouge. Je crois qu’elle va finir par me bouffer tout cru. Et si elle ne me recrachait pas et si je n’en sortais pas. Cette pensée fait que j’peux pas manger au petit-déjeuner. J’ai mal au ventre.

Sur le chemin de l’école c’est toujours pareil. Je n’arrive pas à marcher. Ça énerve tellement Théo et Carl qu’ils finissent par m’abandonner. Je les regarde me laisser et je me demande pourquoi eux ils n’ont pas peur de ce qui se passe entre papa et maman ; pourquoi eux ça ne leur fait pas mal que maman pleure et soit toujours absente. Pourquoi tout est si compliqué. Je souffle et je cours parce que je sais bien que si j’arrive en retard, ça va barder pour moi.


Dorothée c’est la reine des graines de champions. Moi je suis une graine de champion. Comme maman sert à la Sainte Cène on y arrive toujours un peu avant avec les gars. Ce dimanche j’embrasse maman dès qu’on descend de la voiture et je cours jusqu’à ma salle. Dorothée est là, Cathy l’accompagne. Cathy c’est sa guitare. Elle est toute rose et je l’aime bien. Cathy m’accueille comme à son habitude avec un grand sourire et un gros câlin. JE reste plus que d’habitude accroché à son cou. Je ne veux pas la quitter.

“Beh dis donc Eric !” m’interpelle-t-elle en caressant mon dos. “On dirait qu’on a un gros chagrin.

Elle me prend par la main et on va s’asseoir dans un coin de la salle. Cathy nous a accompagné.

“Et si on laissait Cathy attendrir nos cœurs, hein !” me fait-elle en grattant tout de suite quelques notes. “Tu veux chanter un chant ?”

Je hoche timidement la tête. Dans ma poitrine il y a quelque chose qui me fait mal. Ça monte jusque dans ma gorge et je peux plus m’arrêter de pleurer. J’entends Cathy et les notes douces de Dieu admirable. La voix de Dorothée c’est comme des papillons au printemps ou de l’eau fraîche en été. C’est beau et ça fait du bien à l’âme. Je fredonne très vite les paroles avec elle et je me sens comme transporté ailleurs.

Jésus je l’aime, mais parfois j’ai vraiment du mal à quand même garder ma joie. Je le lui dis et je lui dis encore d’autres choses. C’est comme ça que j’aime bien lui parler quand j’écoute la musique. Alors je lui demande avec l’aide de Dorothée de ne pas m’abandonner et de m’aider à être fort pour mes parents. “Papa et maman ne s’aiment plus, Jésus”, m’écris-je subitement. “S’il te plaît, fais quelque chose pour ma maman. Je ne veux pas qu’ils divorcent.”

Apporter mon sujet à Dieu ça fait du bien au cœur. Moi je sens que mon ventre ne me fait plus mal. Je renifle en nettoyant mon visage. Dorothée me fait encore un grand câlin. Elle m’explique que dorénavant elle va prier tous les jours pour ma famille et moi et que si je veux bien, tous les dimanches matin on priera tous les deux ensemble pour ça.

Je saute à son cou et la remercie. Mais je pense encore à ce grand méchant loup. Et la peur revient encore un peu. Je demande à Dorothée si elle pense que mes parents vont divorcer. Elle me regarde longuement. Et elle me dit que y’a que Dieu qui sait de quoi est fait demain. Mais nous on va continuer de prier et elle est sûre que Dieu va faire quelque chose.

JE n’aime pas trop sa réponse. Mais je me souviens de ce qu’elle avait dit sur la foi. BEh parfois il faut croire même si on voit pas les choses. C’est comme Jésus. On lui parle pourtant on ne le voit pas. Donc là je dois quand même prier pour papa et maman même si je vois qu’ils ne s’aiment pas.

Après ce moment de prière avec Dorothée, c’est trop facile de continuer la journée. Le méchant grand loup est parfois venu après ce jour mais à chaque fois j’ai préféré croire que Jésus pouvait tout faire. Parce qu’il est comme ça Jésus. On le voit pas mais il peut tout même ce que je ne sais pas encore.


Aujourd’hui tata vient nous chercher. Maman dort a dit papa. Mais je sais que ce n’est pas vrai parce que je l’ai entendue pleurer. Papa a fait le petit-déjeuner, mais c’est vraiment pas bon. J’aime papa, mais je n’arrive pas à manger.

On sonne à la porte. C’est tata. Je cours jusqu’à elle et je la prends dans mes bras pour lui faire un câlin. Tata regarde papa, mais son regard il est pas du tout gentil. Elle le dépasse et va voir les gars.

“Allez ramassez vos affaires !” nous ordonne-t-elle avant de dépasser à nouveau papa et de nous sortir en partant “Je vous attends dehors !”

Les gars s’exécutent aussitôt. Moi je prends mon sac et je m’élance vers papa.

“Je t’aime papa, tu sais !”

Je sais qu’il ne peut pas comprendre pourquoi je lui dis ça. Mais moi j’ai un rêve. Je viens de le voir alors que j’ai bien vu qu’il était triste parce que tata a été méchante avec lui. J’ai vu papa, maman et nous. On était ensemble et on riait. Je sers fort mon rêve dans mon cœur et je cours prendre ma place dans la voiture en sachant que bientôt papa et maman s’aimeront à nouveau.


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